Un an après, je vous raconte mon accouchement

Je ne pensais pas qu’un jour j’écrirai cet article mais lorsque mon fils a eu un an, j’ai comme eu la sensation d’avoir suffisamment pris de recul sur mon accouchement pour pouvoir enfin, vous en parler.

Il est vrai que ma grossesse n’a pas été des plus simple : beaucoup de désagréments, un déménagement fatiguant, un confinement difficile, sans parler de mon dernier trimestre où j’ai failli perdre mon bébé… je suis passée par beaucoup d’émotions allant de la plus exaltante à la plus sombre. Et d’avance je ne souhaitais pas raconter ce futur accouchement car je ne voulais pas provoquer en vous, futures mamans qui me lisez, de stress ou d’angoisses car toutes les situations sont vécues de manières différentes par chacun d’entre nous. Et puis finalement, je me rends compte qu’aujourd’hui j’aurais aimé être davantage informée sur ce moment éprouvant qu’est la césarienne (Je vous avais résumé mes trois trimestres de grossesse dans la catégorie Maternité que je vous invite à lire si vous souhaitez plus de détails sur tout cela). Je ne voyais vraiment pas cela comme une punition et je le pense encore car cela était le meilleur choix pour mon fils. Mais je l’ai vécu comme un traumatisme qui m’a hanté durant un certain temps et qui parfois me tourmente encore.

Nous étions donc à quelques semaines du jour J, ma césarienne était programmée le 5 juin 2020 pour une naissance prévue aux alentours de 8h. Je savais donc dans les grosses lignes, ce qui allait se passer : une entrée à l’hôpital la veille, une rachianesthésie le lendemain matin avec environ 5 jours d’hospitalisation. Il faut savoir que de base j’ai deux phobies (qui n’aident pas quand on est enceinte) et qui sont : la phobie des hôpitaux (suite à une opération traumatisante) et la phobie de vomir (appelée émétophobie). Avec l’anesthésie on m’avait parlé d’un risque de nausées et de vomissements et j’avais donc stipulé que l’on me mette un anti vomitif dans la perfusion. J’avais également demandé à ce que le moins de morphine possible me soit donnée et surtout, j’avais exprimé un refus catégorique d’administration de phychotropes (comme les anxyolitiques). J’ai tout bonnement horreur de ce genre de médicaments qui me stressent plus qui ne me calment. Mes demandes ayant été faites au préalable, jusque là tout allait plus ou moins bien pour moi.

Le 4 juin au soir, Florentin et moi arrivons à l’hôpital. J’ai à la fois un sentiment d’excitation et à la fois de panique. Une anesthésiste de garde entre pour me poser quelques questions et me parler de la rachianesthésie du lendemain. Je lui fais par de ma peur de vomir et elle me rétorque froidement qu’il est possible que cela arrive. Elle était d’un antipathique sans nom et mes hormones de femme enceinte ont fait que j’ai fondu en larmes. Les sages femmes ont tenté de me réconforter en me disant qu’elle était épuisée de sa journée et qu’elle était, elle aussi, enceinte (raison qui m’a encore plus agacée car elle aurait pu se montrer compatissante). La soirée commençait mal : j’avais peur, peur de vomir, peur que l’on m’ouvre le ventre, peur qu’il arrive quelque chose d’imprévu, peur pour Eden qui avait eu son hémorragie cérébrale… J’avais beau relativiser, ce n’était pas évident avec tous ces noeuds que faisait mon esprit, à cogiter sans cesse sur cet inconnu total qu’était pour moi l’accouchement.

La nuit passe et nous sommes le jour J, le 5 juin matin. Mon obstétricienne (une femme formidable que je n’oublierai jamais) est venue me chercher directement dans ma chambre pour que nous allions ensemble, en marchant, à la salle d’accouchement. Elle connaissait ma panique et mes antécédents et je sentais une bienveillance en elle qui malgré toutes mes angoisses, me réconfortait. Nous arrivons dans cette fameuse salle opératoire, il fait froid, il y a bien trop de personnes à mon goût dans cette pièce et cela me met mal à l’aise. Je sais que Florentin n’a pas le droit d’être là et ne viendra qu’une fois la rachianesthésie posée. Pourtant j’ai plus que jamais besoin de sa présence. L’anesthésiste dégrafe ma blouse pour pouvoir me poser ma rachianesthésie et en une seconde : je pleure toutes les larmes de mon corps. Me retrouver là me terrorise, j’ai peur et j’ai juste besoin d’extérioriser. Cet anesthésiste m’est inconnu, il est certes très gentil, mais je ne le connais pas et j me demande s’il a eu les instructions que j’ai demandé. Il est drôle et tente de rendre le moment léger, mais cela ne fonctionne pas. Je pleure et je pose quarante questions à la minute pour me rassurer. Une fois allongée, je sens la partie basse de mon corps s’alourdir et mon coeur qui s’emballe un peu. On me dit que c’est juste la tension qui baisse et qu’on va mettre dans la perfusion quelque chose pour la faire remonter. Je me sens bizarre tout à coup, comme de plus en plus molle, comme en perte de contrôle. Je demande à l’anesthésiste ce qui explique mon état soudain et il me répond qu’il m’a administré quelque chose pour me détendre. A cet instant précis, c’est dans ma tête la catastrophe. Je l’avais expressément demandé, mais pourquoi l’ont ils fait quand même ? Cela va avoir l’effet inverse! Résultat : On m’a effet donné sans mon accord et sans tenir compte des mes demandes, des anxyolitiques. Mon angoisse atteint son paroxysme. Heureusement, Florentin arrive, me câline et allume son téléphone pour mettre la jolie et douce musique que j’avais choisie pour accoucher. Toujours en larmes, nous nous mettons tous les deux à chanter et au bout d’à peine quelques secondes j’entends des pleurs, c’est mon fils ! Je l’appelle : mon fils, je veux mon fils ! Je le vois à peine de loin et d’un coup d’un seul je sens comme une sensation de délivrance au niveau de mon corps et vous me pardonnerai ma grossièreté mais j’ai lâché un « putain je me sens légère ! ». C’était vrai et cela faisait du bien. Ensuite, tout est devenu un peu flou, les médicaments m’ont mis dans un état que je déplore et j’ai perdu une certaine notion du temps. Mon fil fils est revenu dans les bras de son père et nous avons pu faire les premières photos, les premiers câlins, mais je m’en rappelle à peine. J’étais dans un terrible état vaporeux, c’était atroce.

L’heure arriva où on me plaça dans une salle à part où la maman doit rester seule (juste après la tété d’accueil) avant de remonter dans sa chambre pour retrouver son bébé. Lors de ce moment qui me parut interminable, une infirmière venait, à peu près toutes les vingts minutes, pour m’appuyer sur le ventre et en faire sortir les restes de sang. Honnêtement c’était terriblement désagréable. En parallèle, je tentais de lutter contre les effets des anxyolitiques. L’anesthésiste m’avait conseiller de dormir, mais impossible. Mon corps s’était engagé dans un combat et ne voulait pas lâcher, comme un état d’alerte qui me disait « Camille reprend le contrôle ! ». Ce traumatisme a d’ailleurs duré des jours et mon sommeil en a été très impacté. Il est déjà difficile de dormir avec l’arrivée d’un nouveau né, mais dès que j’y parvenais, j’étais réveillée de façon brutale par des spasmes violents et incontrôlables. Il est enfin l’heure de remontrer et de retrouver mon chéri et mon bébé, que finalement j’ai si peu vu. Je me sens encore très confuse mais je suis soulagée que le cauchemar de l’opération soit enfin terminé.

Pour vous résumer les cinq jours passés à la maternité, ce fut à la fois très beau de découvrir peu à peu mon nouveau né et à la fois très douloureux pour mon corps et mon esprit. Je ne ne vais pas vous mentir, la césarienne m’a atrocement fait souffrir, je pouvais à peine aller aux toilettes et je n’ai plus me laver qu’au bout de trois jours (en présence de Florentin et en faisant un petit malaise vagal). J’avais une peur terrible de regarder ma cicatrice et j’ai mis presque un an, un oser la toucher. Le reste de mon corps à ce moment-là ne me dérangeait absolument pas, c’était juste cette peau recousue en bas de mon ventre qui me tétanisait. La montée de lait quant à elle, s’est plutôt bien passé mais malheureusement, je n’ai pu allaiter que trois jours car des cloques se sont formés sur mes mamelons, ce qui rendait la tétée insupportable. Le but de ce moment avec mon fils était que cela soit un bel échange, et non un moment de torture. Nous sommes donc passés au biberon et j’ai mis un certain temps à me déculpabiliser. Aujourd’hui je suis parfaitement à l’aise avec ce choix mais en plein baby blues, il est difficile de prendre du recul. Et ce baby blues, qui a commencé à l’hôpital, a bien duré trois semaines.

Pour résumer, je sais que de nombreuses femmes le jour de leur accouchement parlent du plus beau jour de leur vie, mais clairement cela n’a pas été mon cas. Il a même été l’un des pires, me renvoyant à des souffrances passées, me donnant de nouvelles souffrances physiques et émotionnelles et une fatigue sans nom. Ce qui a en revanche était incroyable, ce sont les jours, les semaines, les mois qui ont suivis cet évènement. J’ai pu petit à petit découvrir mon fils, l’apprivoiser, apprendre à l’écouter. Nous avons commencé à créer cette complicité et cet amour, que nul ne peut décrire et qui a grandi et s’est dessiné au fil de notre quotidien passé ensemble. Il est vrai qu’en soi mon accouchement s’est plus ou moins passé sans complications et je sais que je peux m’estimer chanceuse. Mais nous avons toutes notre passé, notre réalité et notre façon de vivre les choses de la vie. Ceci est mon vécu et mon ressenti. Il n’empêche que s’il fallait le refaire et repasser par tout cela, je le referai sans hésiter car je vous le dis toujours : devenir maman est l’une des plus belles choses qui me soit arrivé. Aujourd’hui j’en sors grandie, j’en sors plus forte et plus adulte que jamais. Je suis fière de ce que j’ai fait, de ce que j’ai surmonté et de ce que j’ai construit. Je pense qu’il est juste important de sortir ce qui doit sortir, sans jugement ni culpabilité. Avec cela, nous pouvons avancer sereinement et en confiance. Et si un jour j’ai un deuxième enfant, cela sera doute différent mais je saurais que dans tous les cas, je me servirai des moments difficiles comme d’une force qui fera de moi une personne plus accomplie. N’oubliez jamais que la force est en vous. Nous sommes toutes très fortes, n’en doutons jamais.

Je vous souhaite un très beau week-end.

2 Commentaires

  1. Di pillo
    3 juillet 2021 / 6:20

    Très beaux témoignage petite maman je te comprend tous a fait tes peur tes angoisse surtout quand ont es pas écouté et tu aurais pu porter plainte au près de la direction pour les médicament non voulu mais tu es une belle personne et le principal c est tous est bien qui fini bien et que petit chachou est la et vous rend heureux bisous à vous trois gros bisous amitié cathy 😘😘😘

    • Camille
      Auteur/autrice
      4 juillet 2021 / 11:13

      Exactement, le plus important c’est le bonheur d’aujourd’hui 🙂

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